Pourquoi de plus en plus de jeunes délaissent le couple exclusif ?
Entre 1975 et 2019, la part des jeunes femmes de 20-24 ans vivant en couple est passée de 54% à seulement 25%. Pour les hommes, la chute est encore plus marquée : de 32% à 14%. Ces chiffres, issus des statistiques nationales, posent la question frontalement : le couple exclusif est-il en voie d'extinction chez les nouvelles générations au profit de relations sexuelles entre jeunes adultes ? Pas si vite. La réalité est bien plus nuancée qu'un simple « les jeunes ne veulent plus s'engager ».
Les jeunes forment moins de couples stables, mais n'ont pas renoncé à l'amour

Les données parlent d'elles-mêmes. En 2019, seulement 4% des femmes et 2% des hommes de 20-24 ans sont mariés. C'est presque anecdotique. Pourtant, d'après l'étude #MoiJeune de 20 Minutes-OpinionWay publiée le 13 février, 80% des Français de 18 à 30 ans considèrent le couple comme leur idéal de vie. Voilà qui réconcilie les deux tableaux : les jeunes veulent l'amour, mais à leur rythme.
Plusieurs facteurs structurels expliquent ce recul du couple précoce. L'allongement des études repousse mécaniquement le moment de « poser ses valises ». Le chômage et la précarité économique compliquent la cohabitation. Difficile de jouer les tourtereaux sous le même toit quand on partage un studio de 18 m² avec trois colocataires (et leur chat qui déteste tout le monde).
Mais il y a aussi une dimension culturelle forte. Depuis les années 1960, l'accomplissement personnel occupe une place croissante dans les aspirations individuelles. Le « je » s'est installé durablement dans les relations. Les jeunes ne veulent pas disparaître dans un « nous » qui les étoufferait. Ils cherchent un partenaire qui accompagne leurs projets, pas quelqu'un qui les freine.
Et l'histoire finit souvent bien, d'ailleurs : les femmes « rentrent dans le rang » vers 35 ans, les hommes vers 40 ans. La mise en couple n'est pas abandonnée, elle est simplement décalée.
| Tranche d'âge | Femmes en couple (1975) | Femmes en couple (2019) | Hommes en couple (1975) | Hommes en couple (2019) |
|---|---|---|---|---|
| 20-24 ans | 54% | 25% | 32% | 14% |
Ce que les jeunes attendent vraiment d'une relation amoureuse

L'enquête sociologique de Santelli E., publiée dans l'ouvrage collectif Faire couple, une entreprise incertaine aux éditions Érès (Toulouse, 2020), s'appuie sur 41 entretiens biographiques auprès de jeunes couples de moins de 35 ans. Ce qu'elle révèle bouscule pas mal d'idées reçues.
Les nouvelles attentes relationnelles ne se limitent plus aux trois composantes classiques (amitié, passion, désir). Une quatrième dimension émerge clairement : la composante réalisatrice, soit la capacité du couple à être un espace d'épanouissement personnel. Concrètement ? Le partenaire optimal est celui qui vous donne de l'air, pas celui qui surveille votre téléphone.
Santelli distingue trois profils de couples chez les jeunes :
- Le couple fusionnel : rencontre en moyenne à 20,5 ans, tout est partagé, les activités, les amis, le frigo. Peu d'expériences préalables, fort ancrage communautaire et religieux parfois.
- Deux individus et un couple : rencontre vers 26,5 ans, chacun garde ses repères tout en construisant un projet commun. La famille reste un horizon, mais après avoir assuré leur autonomie.
- Les couples ultra-individualistes : rencontre vers 22 ans, le couple est une sphère parmi d'autres. La sexualité y occupe une place significative et assumée.
On remarque aussi une tendance qui prend de l'ampleur chez les 20-24 ans : vivre en couple mais chacun chez soi. Pas une rupture, pas une relation d'un soir, pas une relation polyamoureuse, plutôt une organisation choisie qui préserve l'espace vital de chacun tout en maintenant un lien affectif réel.
Un combat féministe au coeur des nouvelles relations de couple

C'est peut-être là que les choses bougent le plus vite. Dans les générations précédentes, l'autonomie des femmes au sein du couple restait très limitée. Aujourd'hui, les jeunes femmes posent des conditions claires : elles veulent un partenaire, pas un rôle à tenir.
Santelli le souligne sans détour dans ses travaux : les femmes font de la préservation de leur autonomie une condition non négociable de la relation. Les hommes souhaitent eux aussi continuer à se réaliser individuellement, mais sans en faire un préalable absolu. Cette asymétrie dit beaucoup sur le chemin encore à parcourir vers une vraie égalité conjugale.
Les rôles genrés s'effacent progressivement, surtout dans le troisième profil de couples. Les deux partenaires s'investissent professionnellement, partagent les décisions, refusent les schémas hérités. Le « nous » n'écrase plus le « je », il le prolonge.
Et la communication dans tout ça ? Selon l'étude 20 Minutes-OpinionWay, 66% des sondés placent le manque de communication dans le top 3 des raisons qui fragilisent un couple. Autrement dit : ce n'est pas l'exclusivité qui fait peur, c'est l'incapacité à se parler franchement. Finalement, le couple exclusif ne disparaît pas chez les jeunes. Il mue. Il apprend à conjuguer le « je » et le « nous », à deux et sans perdre personne en chemin. Pour traverser cette mutation avec votre partenaire, commencez par une conversation honnête sur ce que chacun attend vraiment de la relation. Pas glamour, certes, mais diablement efficace.
